La peinture selon Sylvie Dormoy

"Il faut voir la nature comme si personne ne l’avait vue avant nous"

citation de Paul Cézanne 

Sylvie Dormoy a commencé la peinture en 1974, sans avoir pris de leçons mais ayant été imprégnée d’arts, en particulier des peintres impressionnistes, à l’époque où elle vivait au Vésinet (dans les environs de Paris), qui est précisément la région de prédilection des peintres de cette époque. Elle habitait non loin de Louveciennes (où Sisley s’installa pendant quatre années), de Marly le Roi, de Bougival (où Monet peignit avec Renoir la Grenouillère). Son père était restaurateur de tableaux anciens, et donc elle partageait avec lui les mêmes intérêts pour l’art.

La période de New York

Vivant à New York dans les années 1974-1976, elle décida de commencer l’aventure dans la peinture.  Elle fut tout de suite conquise par les attraits qu’offre la peinture acrylique. Elle commença un premier tableau, de petite taille, afin de chercher son style. Ce tableau représentait un chemin dans la forêt. C’était la première fois qu’elle peignait. Elle en fit d’autres du même style, en s’inspirant surtout des photos de son mari, car elle avait épousé un photographe amateur qui appréciait particulièrement les photos de paysages.

Mais pendant cette période, son style allait résolument être influencé par les peintres impressionnistes tels que Monet, Sisley, Pissarro. Elle alla souvent à la bibliothèque de son quartier pour prendre les livres sur ces peintres, afin de connaître leur vie, leur peinture. Elle fit donc pour s’entraîner, au début, quelques "reproductions" des tableaux des impressionnistes afin de tester son style. Mais elle dut arrêter provisoirement la peinture à la préparation de la naissance de son fils Christopher, né à New York en mars 1976. Ensuite elle dut quitter New York pour s’installer à Genève afin d’y retrouver son époux qui avait trouvé du travail dans une organisation internationale.

La période de Genève

La période de Genève a été très active en peinture. Elle a duré 13 ans. Pendant cette période elle a peint de nombreux tableaux inspirés des paysages suisses et de la France voisine. Elle fit une exposition dans une galerie de Genève dans laquelle plus de 40 tableaux y étaient exposés (la Galerie "K"). L’acrylique n’était pas une forme de peinture connue des genevois. Ceux-ci restaient très traditionnels et fidèles à la peinture à l’huile. Un journal de Genève écrivait à son sujet l’article suivant :

"Sylvie Dormoy met une technique nouvelle – la peinture à l’acrylique qu’elle a découvert lors d’un séjour aux Etats-Unis – au service de la beauté.  Le colori fécond et un certain raffinement atmosphérique dans l’apport de la lumière révèlent une sorte d’entente cordiale avec la nature.  Les paysages choisis pour leur saveur et leur verdeur nous communiquent cette subtile correspondance qui a joué à un haut degré entre eux et les états d’âme de l’artiste. Le pinceau de Sylvie Dormoy parle en tons sonores, avec limpidité le langage de ses émotions et ses ravissements…"

Article signé par Ciresica Ruzé, critique d’art dans le Journal de l’Emploi- Genève, le 22 mars 1988.

A cette époque très fertile en tableaux, elle fut admise à la Société des Artistes Indépendants français et exposa en 1988 au Grand Palais. Son style restait dans les tons soutenus mais parfois le paysage triste de la Suisse en hiver l’inspirait pour faire des tableaux aux tons plus doux, comme par exemple le tableau Paysage Bernois.

Sylvie apprenait ensuite des techniques nouvelles, telles que la peinture au couteau. Elle en a fait plusieurs tableaux dont "l’Eglise de Brancion" qui avait été exposé dans la galerie "K" de Genève en 1988.

Les couleurs de ses tableaux devenaient plus vives. Elle en avait assez de peindre les paysages tristes de la Suisse. Elle se retournait vers les paysages de la Provence française. Elle s’inspirait toujours des photos prises par son époux lors des ballades en France. Elle prenait également elle-même l’appareil de photos pour choisir son cadrage et sa luminosité

Sylvie profita des paysages hivernaux pour saisir dans ses tableaux une harmonie de bleus, ceux que l'on trouve souvent dans les environs de Genève, quand il fait beau, au milieu de l'hiver.

Elle a beaucoup aimé les paysages où il y a de l'eau, soit une rivière, soit un lac ou un étang. Il faut dire que la Suisse et la Haute-Savoie française regorgent de paysages avec ses éléments aquatiques. Le bord du Lac d'Annecy a été particulièrement un succès car il a été vendu dès le début de son exposition à la Galerie de Genève. Sylvie en a refait le même, avec quelques variantes dans les reflets pour le garder chez elle.

Pendant cette période de Genève, Sylvie a été à plusieurs reprises invitée par des galeries parisiennes à exposer ses tableaux, notamment la galerie Espace Laser, rue Saint-Martin, la galerie Hautefeuille, au Salon International d'Art de Bourges, la Galerie Gama de Deauville et bien d'autres. Mais hélas, dans la plupart des cas elle ne put accepter les invitations. Les procédures douanières pour passer des tableaux de la Suisse en france ont été dissuasives. L'exposition au Grand Palais avait été une exception.

La période de Haute-Savoie (France)

Après avoir vécu 13 ans à Genève, Sylvie et sa famille décidèrent de quitter cette région pour s’installer de l’autre côté de la frontière, dans une petite ville qui s’appelle La Roche-sur-Foron. Elle vivait dans une grande maison située aux flancs d’une montagne. De là elle avait une vue magnifique sur toute la chaîne des montagnes des Alpes, de quoi s’inspirer pour faire plusieurs tableaux. Mais ses activités de peintre ont été en quelque sorte réduites pour pouvoir s’occuper de son jardin et de l’aménagement de la maison. Les tableaux qu’elle y faisait de temps en temps confirmait sa volonté d’améliorer son style au couteau. Son style était radicalement différent de ce qu’elle faisait au début de son séjour à Genève. Elle mettait beaucoup plus de temps à créer ses tableaux, elle les retouchait à plusieurs reprises. Pour elle ils n’étaient jamais terminés. C’est pourquoi elle avait arrété de les vernir afin de pouvoir y revenir dessus plusieurs semaines après.

L'utilisation du couteau dans ses peintures est de plus en plus courante. Ses tableaux ont plus de relief. L’horizontalité de ses coups de couteaux (de gauche à droite) soulignent bien l’aspect aéré des paysages de la région.

Le ciel est particulièrement déchiré. On ne retrouve plus les ciels des premiers tableaux, plutôt cotonneux et très proches de ce que l’on voit sur les tableaux des impressionnistes.

La période de Montréal

C’est une nouvelle période qui s’annonce. Elle quitta la Haute-Savoie pour s’installer avec son époux et ses enfants à Montréal. Son époux ayant été transféré de Genève à Montréal par son entreprise.

Elle changea un peu de style, délaissant le couteau pour reprendre les tons doux de ses ciels d’antant. Mais cette fois elle peint sur des tableaux plus petits, elle favorise les paysages avec les arbres. Elle refait plusieurs fois un paysage de ruisseau en hiver, avec les arbres dénudés et les tons chauds des fins de journées hivernales que l’on trouve ici. Les ciels sont ceux du crépuscule, avec des dominantes jaunes.

Elle devint avec l’âge de plus en plus perfectionniste, elle met de plus en plus de temps pour terminer une toile, la retouchant même quand elle en "attaque" une autre, ne la trouvant jamais achevée.

Trois à quatre heures de peinture par jour ne suffisent pas à assouvir sa soif de perfectionnement pictural et quand la luminosité extérieure n’est plus suffisante, elle se "repose" en créant des coussins et des rideaux inédits ou en faisant des mots croisés.

De plus elle s’est lancée, depuis son installation à Montréal, dans la peinture sur objets en bois, toujours en utilisant l’acrylique, mais en découvrant des techniques nouvelles comme le pochoir, le mélange de teinture et de peinture, l’utilisation du vernis à bois. Les objets mis en valeur sont souvent des coffres en bois, des étagères, des petits meubles, mais plus le temps passe, plus les objets deviennent grands.